samedi 10 décembre 2016

Madness Can't touch us now

MADNESS Can't touch us now 

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 Madness sort un nouvel album. Dommage pour timing, le LP des Rolling Stones a un peu occulté Madness, en tout cas pour moi. 
Entre les deux, mon coeur balance? Ce n’est sans doute le cas que pour une poignée de vieux nostalgiques. Madness, l’un des piliers de la vague Ska revival des années 80, a très vite (des le second album en fait ( Absolutely ) élargi le son et l’esprit de ses compositions. Sans renier la rythmique caractéristique que l’on retrouve encore aujourd’hui sur Can’t stop us now (les titres Mambo Jumbo, Given the Opportunity, par exemple). *


Mais, puisant dans les racines de la culture pop-rock anglaise, Madness dresse, musicalement et dans ses textes, un portrait cynique, tendre, parfois acerbe, toujours moqueur mais affectueux, de la société anglaise. L’esprit des Kinks n’est pas loin, l’héritage est flagrant. Ajoutez la pointe d’accent Cockney de Suggs, vous y êtes. 

Madness, c’est Londres, Camden Town, les années Finchley…. 

Dois-je avouer que je regrette, un peu, à chaque nouvel album de Madness, la pêche, le grain de folie, la lègère rudesse, en tout cas le boost qui a maintenant disparu? Le groupe compose toujours des airs entrainants, fancy tunes, mais la nostalgie a pris le pas sur la folie, les tonalités mineures sur les rythmes fortement ponctués par un tempo énergique. Le nutty sound de Madness s’est adouci, acidulé. Je le regrette un peu, j’aimerai entendre un nouvea “Shut up”, un nouveau “Bed and Breakfast man”, un nouveau “Rockin’ in Ab”… 

L’album Dangermen avait un peu renoué, mais c’est déjà bien loin. Les fans auraient vieilli au point qu’il ne faille plus les brusquer, et leur éviter un tempo trop rapide? Herbert, un presque slow, à remplacé “Mummy’s Boy”. Signe des temps… c’est un peu dommage, “Believe me”…


samedi 3 décembre 2016

Blue & Lonesome The Rolling Stones 12 2 2016

The Rolling Stones, un album blues, en 2016 !!!


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Vous n'aimez pas les Rollings Stones? Vous aimez le Blues? Vous allez aimer les Rolling Stones!! 

 C’est peu dire que l’attente a été longue. Enthousiaste, je dirai que ça valait le coup d’attendre. Ils n’ont pas oublié. Ils se rappellent encore. 

Depuis 45 ans, ils nous désespéraient, à suivre toutes les modes et des chemins douteux. Hier 2 décembre a donc fait l’effet d’un séisme, les pistes tournent en boucle sur Spotify, hypnotisé, conquis. 

 Oui, ce sont des reprises. Mais quelles reprises!!! On revoit la scène du magnifique Cadillac Records où les Stones vont en pèlerinage à Chicago, chez Chess Records, écouter leurs ainés, leurs maitres. 

Car le blues est leur inspiration, leur source, leur mentra. On le sait peu, ils ont tout fait pour qu’on l’oublie. Les Stones ne sont plus au complet, Bill Wyman, et on peut regretter son absence, l’absence de son jeu, de sa rythmique implacable. Les Rolling Stones nous livrent un concentré de Chicago Blues, les titres de Willie Dixon, Little Walter, Holin’ Wolf, Eddie Taylor s’enchainent.

Le titre de l’album est lui même un hommage à Little Walter!

 

 Ce sont de magnifiques standards du Blues, magnifiquement interprétés. Ce ne sont pas nécessairement les titres les plus célèbres de l’écurie Chess, il manque évidement Muddy Waters, mais je retournerai l’argument: 

Découvrez des titres que vous connaissez moins, et reconnaissez que les Rolling Stones n’ont pas cédé à la facilité des hits rebachés. Jagger est à l’hamonica, et maitrise l’engin du blues avec talent. Clapton, le grand Eric Clapton, vient en ami et illumine I can’t quit you baby, et Everybody knows about my good thing. Qu’en pensez-vous? Pour moi, c’est un truc phénoménal, en même temps qu’une évidence. Un bonheur de chaque piste, ce que ce groupe aurait toujours dû faire. Je suis hyper fan, et me réconcilie avec les Rolling Stones, dont je n’écoutais rien depuis Exile on Main Street, en me forçant un peu depuis Aftermath, sauf pour Sticky Fingers. 

 S’ils en restent là, ce sera un formidable retour aux sources, on pourrait dire qu’après cela, il ne faut plus rien toucher...



dimanche 13 novembre 2016

YAMAHA DX7: 80's synthetiser & KORG Volca FM

Un synthé mythique!!!

Mon Histoire du Rock
Yamaha DX 7


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Le synthétiseur YAMAHA DX7, années 80.


  A l’occasion de la sortie d’une petite merveille, le Korg Volca FM, sur lequel je me suis précipité goulûment, Mon Histoire du Rock va évoquer ce synthétiseur mythique, le Yamaha DX7, incontournable machine des années 80. 

Evidement, le rock’n roll est difficilement dissociable de la guitare, le plus souvent électrique. “Le plus souvent”, parce que les pionniers du genre n’avaient pas le bonheur de connaître encore cet engin (voir le magnifique contretemps, bug temporel involontaire, du film “Retour vers le futur” dans la scène “Johnny be Goode”, où Marthy Mac Fly joue en 1955 sur une Gibson ES 335 qui n’existera que 12 ans plus tard. 

Les premiers morceaux Rock’n Roll sont en effet joués sur des acoustiques… et également sans basse ni batterie…. Mais je m’égare. 

 J’ai déjà évoqué dans ces pages les orgues Wurlitzer, Moog et autres synthés préhistoriques, sans doute fasciné par des instruments, souvent dotés de claviers, que je maîtrise moins bien que la guitare… Oui, oui, je viendrai un jour à évoquer aussi les 6 cordes… 

Mais aujourd’hui nous évoquons celui par qui la guitare a bien failli disparaître de l’horizon rock’n roll, ce qui parait incroyable en 2016, ou rares sont les groupes qui prétendraient monter sur scène sans guitare, et où l’instrument atteint des sommets de popularité… A l’inverse, le synthé semble bien être retourné dans sa boite… 

Bon mais, ce DX7, c’est quoi? Techniquement, c’est la simplification, pour un usage de masse, dans un format utilisable assez facilement, des synthétiseurs des années 70. Techniquement, sans vous barber, mais pour ne pas prêter le flanc à la critique des spécialistes: - Tous ces instruments prennent le nom de synthétiseurs en ce qu’ils produisent une musique par la génération de signaux sonores à partir d’un courant électrique (c’est donc un signal sonore de synthèse). 

Le DX7 Yamaha s’appuie sur une technologie différente (la synthèse à Modulation de Fréquence) de celle employée précédèrent, et par exemple par les Moog (synthèse soustractive). 

Mais surtout, le DX7 est présenté dans un format hyper compact, intégré, sans une foret de potentiomètres et une jungle de câbles… ça deviendrait presque pratique. Mais cependant très bidouillage, et riche d’une infinie gamme de possibilité de triturage des sons. 

On peut obtenir, de façon assez empirique, des sons absolument inédits, et la New Wave va s’en emparer. Je ferme bien vite la parenthèse “technique”… je n’irai pas sur le terrain des experts en algorythme, opérateurs et autres bidules. Il faut bien l’avouer, l’arrivée de toutes ces machines, qu’aujourd’hui on regarde avec nostalgie et bienveillance, qu’il s’agisse des Moog, DX7, vocoders ou fairlight CMI a bien fichu la frousse aux bons vieux groupes à guitare(s). Une fois encore (rapellez-vous la prédiction fabuleuse de Dick Rowe (DECCA) auditionnant les Beatles en 1962 et ne donnant aucun avenir aux groupes à guitares!!), “on” cru pouvoir enterrer la 6 cordes! Les plus vertueux guitaristes, parmi lesquels Van Halen (JUMP), Phil Collins “one more night”, Bruce Springsteen “Born in the USA”, Serge Gainsbourg “You’re under Arrest”, Tina Turner “What’s love got to do with it” Queen “A kind of Magic” , mais la liste est infinie Je ne peux pas citer tous les groupes New Wave (Larry Steinbachek de Bronsky Beat, Depeche Mode, tous, je vous dis) !! cédèrent aux sirènes du DX7!!! (Pour sa part, Mike Oldfield, plutôt bon guitariste lui aussi, montait sur scène avec un Fairlight… Il fallait être moderne, dans le vent et…. Faire oublier les méchants punks qui ne respectaient rien et dont certains d’entre eux clamaient qu’ils grattaient la guitare parce qu’ils n’y connaissait rien en musique. Le DX7 offrait l’avantage d’être manipulable assez facilement, proche d’un “piano electrique” à l’usage sur scène, prêt à offrir assez facilement des sons et des sonorités inouïes (haha), et capable de partir dans des vrilles subtiles pour peux qu’on se contraigne à un peu de bidouillage. Lesquels bidouillages se réveillaient en fait plus accessibles que les programmations ou câblages des prédécesseurs: On était plus dans un mode “essai - écoute - nouvel essai”, d’où mon 
qualificatif de “bidouille”.



Rares, je l’ai dit, sont les productions des années 80 qui n’ont pas fait une place au DX7 Yamaha. Le son de ces années-là en a été marqué d’une patte bien particulière. Et aujourd’hui, avouons-le, un peu datée, kitch. Depuis, la plupart des groupes qui ont survécu ont ré-arangé leurs morceaux avec ces bonnes vielles guitares qu’’ils avaient cru devoir ranger au placard… 
Aujourd’hui, en 2016, Korg sort une gamme de “mini synthétiseurs”, minis par la taille, le format…Et l’étonnante présence d’un clavier digne d’un Stylophone qui surprend lorsqu’on prend la peine de jeter un coup d’oeil aux promesses des engins. 

Dans cette gamme, un ovni, par ses origines, ses possibilités, les sonorités dont il nous honore: 

le Volca FM, pour Frequency Modulation. 


Clic sur l'image => lien vers la fiche produit de cette merveille!


Le nom, déjà, est une promesse. Que l’objet tient, puisqu’il renferme un quasi clone du DX7! Branchez dessus un clavier MIDI, pardonnez la polyphonie limitée à 3 notes: Jouez et bidouillez, puis sauvegardez vos pistes sur votre ordi, pour multiplier les voix et la richesse du truc. Aller plus loin? Oui, on peut, si les 32 “patterns” intégrés ne suffisent pas, les bidouiller comme dans le temps! Oui, on peut aussi importer les “sysex” du bon vieux DX7!! Ça y est, on l’a, la machine à remonter le temps!!

vendredi 28 octobre 2016

Bob Dylan : Nobel ? Rebel ?

BOB DYLAN...


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Bob Dylan Rebel, Nobel ?

“Le monde”, disait Tuco dans Le bon, La brute et le Truand, se divise en deux catégories d’individus.” Je tordrai ici la citation ici pour dire: ceux qui s’émerveillent de la nobelisation de Bob Dylan, et ceux qui s’insurgent. 

C’est pas vrai, il y a ceux qui s’en foutent. 

 Façon devoir de philo, tâchons de thèse/antithèser le truc. Bob Dylan, icone Kerouaquienne des 60’s, est depuis longtemps considéré plus comme un poète que comme un compositeur de chansons. 

Le débat, enter art mineur et art majeur, est périodiquement relancé…Contribuons. Bien, tout d’abord, je ne dois pas dire que Bob Dylan ait une place énorme dans ce que j’appelle “Mon Histoire du Rock”, c’est à dire le petit panthéon personnel illustré de mes souvenirs sonores. Il y a le Dylan “scolaire” et un peu chiant des profs d’anglais qui, pour faire jeune et s’attirer la sympathie des “chères têtes blondes”, croyaient bien faire en nous faisant étudier “Blowin’ in the Wind”. Putain, un futur Nobel! On essaierai de montrer à ces têtes chenues, sauf le respect que je vous dois (Merci Georges Brassens, qui, lui, aimait le Rock’n Roll), de leur montrer donc, que ce qui serait jeune et Rock’n Roll ce serait d’étudier Madness (en 82), Pink FLoyd (The Wall, en 80: écrire “we don’t need no education sur le tableau n’eût pas l’heur de plaire à ce prof…). 

Ce Dylan là, peut-il prétendre à un prix Nobel? Que dit Nobel (un être Rock’n Roll puisqu’il a inventé la dynamite (chère à Keith Moon)? Le Nobel de literrature doit revenir à un auteur qui je cite (un peu aidé par Wikipedia, je ne sais pas àa par coeur :) ) « a fait la preuve d'un puissant idéal ». Le débat va prendre une hauteur stratosphérique sans l’aide des produites promus par Thimoty Leary (the pape of LSD pour les plus jeunes). Il faudrait pour le coup définir le concept d’idéal. On va s’amuser. Ensuite, la rigueur intellectuelle incitera l’auteur à se poser la question de la sincérité du propos. Dylan a-t-il “fait preuve” de cet idéal? Qu’est-ce que “faire preuve”? l’homme est-il ce qu’il pense, pense-t-il ce qu’il dit. Je vosu avais promis des hauteurs….Ça risque d’être chiant comme une chanson de Dylan. Oh, pardon. Puis, si l’on s’accorde sur le fait que Dylan a eu un idéal et a su en faire preuve, et non pas juste surfé sur un courant pour, comme c’est devenu la norme aujourd’hui, prendre l’oseille au passage, peut-être faudra-t-il disserter sur la valeur et la durée de l’engagement? Par cette entourloupe stylistique et ce pied de nez à la dissertation, le lecteur aura compris que, quoique n’étant pas fan de Dylan, je lui reconnais une fidélité aux idéaux porteurs de rêve des années 60. C’est en tout cas une validation du fait que le rock est une culture, l’expression d’un idéal. Une reconnaissance. Du coup, les tristes sires s’insurgent contre l’ingrat qui ne réagit pas à l’annonce de cette reconnaissance. L’arroseur est surpris de n’être pas arrosé!!! Les “sages” du Nobel fulminent de n’être pas “reconnus” par celui qu’ils “reconnaissent”. Un peu de sagesse, de foi en votre Idéal, que diable!!! Ne couronnez-vous que pour votre seule gloire? Vous seriez suspects d’avoir choisi Dylan pour faire controverse, et ainsi attirer sur vous les lumières du scandale! Bob Dylan, à vrai dire, ne persiste-til pas, par ce silence, dans la fidélité à cet idéal? Son absence de réaction n’est-elle pas intrinsèquement constitutive de cette fidélité que le Nobel récompense? Dylan prône un détachement par rapport au système que la société moderne propose: accepter le Nobel ne participerait-il pas au un renoncement à cet idéal que le Nobel salue? Donc, accepter le Nobel serait une raisons suffisante pour ne pas l’attribuer à Dylan.Prenez un cercle, caressez-le, il devient vicieux, disait Ionesco, qui n’est pas Nobel. En son temps Bob Dylan eût-il cette tentation, passant, (en 1966) à la guitare electrique, au grand dam de ses fans, de rompre avec son idéal? Est-ce faire entorse à son idéal que de le faire évoluer? Céder, quelque peu, à la mode electrique, fut-ce, pour Dylan, un renoncement à un idéal? L’idéal de Dylan se situe-t-il dans sa guitare? Le Nobel, en gratifiant Dylan, répond par la négative. 
Dylan est salué pour l’idée, le verbe, son ivresse, non par le flacon. Il ne se renie pas en electrifiant sa guitare. 

Dylan est, Nobel ou pas, guitare electrique ou pas, un monument de la culture populaire. Sa Nobelisation est Rock’n Roll. 

Son silence consécutif l’est tout autant. 

Il me semble que Dylan fait au moins autant de lumière sur le prix Nobel, devenu un peu poussif et désuet, que Nobel n’en fait pour Dylan.

vendredi 9 septembre 2016

Prince Buster, Roi du Ska, 8 Septembre 2016

Prince Buster 


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J’avais prévu cette semaine de faire honneur au synthétiseur mythique des années 80, le Yamaha DX7, à l’occasion de la sortie par Korg d’un clône dans une petite boite rigolote… Mais Prince Buster en a décidé autrement.

C’est un gros gros regret pour moi, de n’avoir pas évoqué Prince Buster autrement et davantage que dans une chronique, sur Madness (et non une chronique à part entière).

Impardonnable de ne faire cette page sur Prince Buster, Cecil Bustamente Campbell de son vrai nom, mais c’est moins joli, qu’au moment de la disparition de ce monument Jamaïcain, icone du Ska, du Rocksteady et du Reggae.

Les plus curieux d’entre vous vont aller sur Youtube, et je vous y encourage, écouter de quoi je parle. Les amateurs du revival Ska des 80’s retrouveront avec bonheur des airs entendus chez Madness et les Specials… Ceux-là ont en effet permis de redécouvrir cette musique venue de la rue, souvent jouées sur des sonos embarquées sur des camions appelés sound systems, que les smurfeurs, puis les rapeurs, hip-hopeurs emprunteront à leur tour.. Mais c’est pas le sujet.

Prince Buster, véritable initiateur du Ska, on est en 1960. Il l’apporte aux britanniques vers 1963. Bien avant le Reggae, le Ska trouve sa marque de fabrique dans une rythmique caractéristique (le Reggae sera, quelques 10 ans plus tard, un Ska ‘calme’, presque ‘mou’, mais adoptant une structure rythmique similaire. ), dans lequel la guitare (rythmique) joue à contretemps, ce qui nous faisait bien marrer, quand un disque 2 tones tomblait sur la platine de nos soirées lycéennes, où nous étions fort peu à “suivre”… Si on veut être ABSOLUMENT rigoureux, on ajoutera qu’il y a plus mou et plus lent que le Reggae: Le Rocksteady, apparu brièvement entre le Ska et le Reggae, fait effectivement passer le Reggae pour un truc vif!

En réalité, la différence des styles est, en tout cas pour en revenir à Prince Buster, par l’intention: Le Ska de Prince Buster est volontiers déconneur, un brin salace parfois (ce que Madness transcrira parfaitement), le Rocksteady est plus guimauve façon love song, quant au Reggae, il devient revendicatif, politique et souvent peace and love, époque oblige.

Si Prince Buster se laissera un temps aller vers le Rocksteady, il laissera le Reggae à d’autres… au péril de sa notoriété, et il faudra attendre les années 80 pour qu’on le redécouvre, grâce aux groupes du label 2 Tones.

2 tones, c’est le nom revendiqué de la mode revival Ska des années 80, qui intègre à la rythmique et l’esprit Ska originels le beat lourd et marqué de la New Wave…

Les Specials, les Selecters, réinterpréteront Prince Buster avec fougue et brio, mais c’est surtout Madness, d’abord par deux magnifiques reprises sur leur premier disque, ( One Step Beyond, of course, et Madness) mais aussi, et dès ce premier 33Tours, des créations originales bourrées de références et citations: In the Middle of the Night est bien dans l’esprit déconneur et coquin de Prince Buster, The Prince est carrément, vous le comprenez maintenant, une évocation du Maitre et.. Madness, le nom du groupe, la référence à l’un des titres de celui-ci!

Prince Buster sera, évidement, convié sur scène par Madness, et les Specials tireront d’Al Capone l’inspiration de leur Gangster, et reprendront aussi Enjoy Yourself.



Mais Prince Buster ne cherchera pas à tirer partie de ce second souffle pour relancer sa carrière, même si il remontera occasionnellement sur scène lors de festivals Ska (là encore, Youtube devrait vous permettre de vous faire une idée.)



samedi 27 août 2016

The Who, Substitute, 1966

The Who, la désunion fait la force



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Quelques mois plus tôt, dans "The Kids Are Alright", Roger Daltrey avait déjà modérément apprécié de devoir chanter "Don't mind other guys dancing with my girl" ("ça ne me dérange pas que d'autres types dansent avec ma copine") - tu parles, Daltrey est plutôt du genre à péter la gueule au premier type qui s'approcherait trop près de sa nana, ou d'ailleurs de quiconque se met sur son chemin. 

Ici, dans Substitute, le texte évoque un sentiment d'imposture et le mal-être qui en résulte. Des trucs de nana, quoi. Et dans "I'm a Boy", il est question d'un petit garçon que sa mère habille en fille... Daltrey est proche de l'implosion. Quant à "Pictures of Lilly…" Mais Daltrey chante, interprète, transcende ces titres avec talent (non sans avoir, de temps à autre, filé un bourre pif à son "frère" Townshend, celui qui lui propose ces textes, qui sont, pour ce dernier, un exutoire et une confession salvatrice… 
  
Ce groupe a un problème : à droite de la section rythmique il y a un guitariste, compositeur de génie en proie à des problèmes existentiels qu'il transpose dans ses textes, et à un mal de vivre qu'il expose bruyamment (j'ai failli écrire brillamment) dans des riffs de guitare rageurs.  Qui a dit précurseur du Punk? Les Punks eux-mêmes…
A gauche de la rythmique, ou plutôt face au public, un chanteur au gabarit de fort des halles et à la gueule d'ange, qui lui ne semble avoir d'autre problème que celui de tout casser, dans une société ou les gars comme lui sont souvent écrasés par des intellos de cette middle classe dont sort Townshend. 
  
Townshend, lui, éprouve donc ce besoin vital de composer et d'exulter. Mais aussi d'offrir son talent, à son public, bien sûr, mais aussi à ceux qu'il considère comme sa famille, les Who, un moyen d'exprimer leur talent, de le mettre en évidence. 
Pour Entwisle, le bassiste magique, auquel il procure le premier solo de basse de l'histoire du rock dès MY GENERATION, et des partitions mettant au premier plan cet instrument (The Real Me….). Peu de bassistes ont eu la chance d'avoir un compositeur aussi attentif, veillant à les faire  sortir de l'ombre et de la place discrète à laquelle ils se destinaient comme la plupart des bassistes du rock'n roll… Entwistle deviendra une star, et le devra bien sûr à son talent avant tout, et à sa dextérité incroyable. Mais Townshend lui aura écrit les pages de sa légende. 
  
Pour Roger Daltrey, hormis les textes cité ci-dessus, dans lequel le chanteur ne se reconnaît absolument pas, Townshed écrit les plus beaux textes et les pare des plus belles mélodies (Behind Blue Eyes, Love Regn O'er Me, Helpless Dancer, Who are You, etc etc etc). Et permet à Daltrey d'être bien plus que le chanteur Mods des … , de devenir un chanteur super star. 
  
La bonne question est comment et pourquoi ce groupe a fonctionné aussi bien? Même si aujourd'hui les Who ne représentent plus grand-chose, à force d'avoir sans doute trop voulu continuer , pour le concert de trop, le disque de trop… 
  
Justement, il est probable que l'un des ciments du groupe, et qui manquera d'ailleurs à partir de 1978, se trouve chez le batteur du groupe, le gigantesque Keith Moon, petit frère turbulent (le mot est décidément bien faible pour celui qu'on surnomme alors "Moon the Loon"), boute en train, monstre d'exubérance et fêtard démesuré. Cette démesure et son absence de toute notion de limite incite les autres membres du groupe à un instinct de protection, quand il le peuvent, et tisse entre les Who une toile étrange faite d'impossibilité de vivre ensemble autre chose qu'une relation de "travail". Keith  Moon apportait au groupe bien d'autres dimensions que celles d'un métronome (qu'il semblait d'ailleurs respecter de fort loin, alors que sa  maîtrise totale du rythme et de son instrument lui permettait d'agir en véritable soliste au sein des Who, abandonnant le rôle de simple "faiseur de rythme". (cherchez la video de Happy Jack (par exemple "beat club" au Marquee en 1967). On lui demandait un jour pourquoi il avait voulu apprendre la batterie: il a répondu qu’il ne voulait pas apprendre, qu’il voulait seulement en jouer. Voyez comment…
  
Il disait d'ailleurs "je suis n'aspire pas à être un grand batteur; tout ce qui m'attire est d'être le batteur des Who". 
  
Moon disparu, ce ciment n'a plus lieu d'être et les Who deviennent des besogneux du rock, "metro boulot dodo", et évidemment, ça se sent. La douce folie qui recouvrait chaque prestation du groupe, chaque album, a disparu. On ne peut pas s'empêcher de se dire qu'il aurait mieux valu qu'ils arrêtent. 
  
En fait, j'aurais dû faire cet article Keith Moon. On y reviendra donc….


mercredi 10 août 2016

Mellow Yellow, Donovan fume-t-il des bananes?

Mellow Yellow

Donovan, 1966



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….. Comment un morceau aussi subversif a t il pu avoir un tel succès sans déchaîner les passions, défrayer la chronique, réveiller la horde des censeurs et de la bienpensance?

Un farceur, ce Donovan, quand on y pense.. Il réussi à faire fredonner sur un mode ballade gentillette, des propos qui côtoient tellement le subversif que ça en devient risible.

Pensez que Louie Louie, pour des paroles totalement dénuées de connotation, de sous entendus, a fait l’objet de recherches et d’analyses du FBI, a été censuré sur nombre de radios… ça laisse rêveur.

Car Donovan, “baba cool” accrédité et chantre du peace and love, de la liberté dans toutes les acceptions du terme, s’en donne à cœur joie!

On épluche?

D’abord, les érudits aimeront noter que M Leicht (Donovan, donc) est un guitariste émérite, et qu’il sait s’entourer de pointures quand il enregistre: John Paul Jones aux arrangements, McCartney à la basse et sans doute dans les choeurs… On dit partout que Mellow Yellow est d'influence Beatles. Si vous voulez.

Pour en revenir au texte (c’est un bien grand mot), Donovan semble s’amuser à des sous entendus - il prétendra ensuite (air connu) que ce sont les interprétations qui sont border line, et que sont texte est bien anodin à côté de ce qu’on lui prête. On s’en fout un peu, ce que j’en dis, c’est juste pour parler. Voyons donc de quoi il s’agit:

Premier couplet, y a pas grand chose à dire Saffron. c’est le surnom d’une de ses copines, le safran, c’est jaune, c’est oriental (et on sait l’attirance de Donovan pour l’hindouisme), jusque là, rien de croquignole.

Second couplet. Le Monsieur est “mad about Fourteen”… Fourteen, ce serait là aussi le surnom d’une copine. Mais voilà, on entend distinctement “mad about A Fourteen”. Ce serait une nana mineure, damned! “A Fourteen”, c’est littéralement “une (fille de ) 14 (ans)”. Aïe. Mais non, dit-il, la preuve, la majuscule à Fourteen, c’est un nom propre. Soit le gars égrène le nom de ses conquêtes au deux premiers couplets, soit il donne son nom au premier, son âge au second? Passons, et on s’en fout un peu, en fait.

Mais bon, il a eu du pot quand même, Chuck Berry, Jerry Lee Lewis, Jim Morrison, et tant d’autres (j’ai cité les Kingsmen et Louie Louie) ont été taquinés pour ce genre de plaisanterie..

Troisième couplet, après le cul, la drogue? Là, sans rien nommer, on est dans l’apologie de l’état de planitude, et Donovan propose ses service à qui voudrait planer..

Quatrième couplet, il paraîtrait que c’est pas vrai qu’il parle de drogue. Et deux écoles s’affrontent (I’m just mad about s’affrontent, évidement). Si ça se trouve qu’il parle d’un vibromasseur en forme de banane (façon 5 fruits et légumes par jour? Le dicton anglais nous parle des pommes (”An apple a day keeps the doctor away” - une pomme par jour éloigne le médecin, Winston Churchill ajoutait “à condition de bien viser “provided you aim well”). C’est tout du moins ce que Donovan justifiera quand on lui demandera de quoi il retourne, et si ça serait pas de la drogue tout de même… Mais au fait, votre Sérénité, c’est quoi cette histoire de drogue?

A la fin des années 60, se racontait que fumer la peau séchée des bananes menait au trip assuré. Moi, j’en sais rien, j’étais tout petit. Cela dit je me souviens que ma grande soeur (je fais gaffe si ça se trouve elle lit ça!) - pour que je m’en souvienne ça devait être autour de 69, pas avant, hein - disait: "faut pas respirer l’odeur des peaux de bananes cuites " et elle ajoutait, d'une demi voix plein de mystère: "C'EST DE LA DROOOOGUE".


(ça devait être à la mode de faire cuire les bananes??? Au four avec la peau??? Sont bizarres ces gens là???). Oui, on faisait ça pour le gouter. Des bananes cuites au four.....

Bon on revient à notre Donovan? Donc, il y a eu une rumeur, provenance directe de Haight Hashburry San Francisco California, colportant cet amazing et pas très cher moyen de “forever to fly”. Mais tout comme McCartney dira ensuite que Lucy In The Sky With Diamond ça parle pas de LSD, Donovan préfèrera dire que la banane, c’est un vibro.

Ok. On s’en fout, ce sont ces histoires. Tout ça est plutôt rigolo et folklorique.

Reste donc un titre “à tiroir” d’un gars plutôt doué et un brin mésestimé je trouve. C’est notre faute aussi, on n’écoute que ce qu’on nous fait entendre à la radio (euh, c’est un peu has been la radio, non?). Alors, allez écouter Donovan d’un peu plus près, vous m’en direz des nouvelles. Je propose:


- Hurly Gurdy Man

- Seanson of the Witch, bien dans le ton planant du summer of love,

-Catch the wind, qui montre là encore l’influence Dylanesque.



dimanche 26 juin 2016

Fisher Z, 1982, Grande Bretagne, Red Skies Over Paradise

Fisher Z



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l'europe du Rock dans les années 80 

Cold War Rock'n Roll



Est-ce vraiment le hasard qui guide ma main en ce jeudi matin, vers la sélection sur Spotify de l’album Red Skies Over Paradise de Fisher Z ?



Je n’ai pas ré-écouté cet album plus d’une dizaine de fois depuis 1982. Nous étions quatre co-locataires de ce petit pavillon de la banlieue nord ouest de Londres (Hendon, NW5), étudiants d’un prototype d’Erasmus. Pas très éloigné de ce que montrera 20 ans plus tard Cédric Klapisch dans L’Auberge Espagnole… mais à Londres.

Je l’ai souvent écrit ici, 1982, la Grande-Bretagne vogue entre crise économique, quasi état de guerre (Irlande du Nord), et tiraillements géopolitiques : Faut-il rester une ile, se rapprocher encore de l’Europe, revenir vers l’Oncle Sam ? 


Les tensions de la guerre froide n’arrangent rien et planent au dessus de nos têtes. Au point qu’en 1983 la reine préparera, à toutes fins utiles, un discours annonçant à son peuple la 3ème guerre mondiale. 

Que faisiez vous en septembre 1983? 
Quand, au début du mois, l'URSS flingue un Boeing 747 civil? 
Quand, le 26, un gradé soviétique choisit de ne pas croire les alertes radar qui indiquent l'arrivée de 5 missiles US? Dédions cet article au Lieutenant Colonel Stanislav Ievgrafovitch Petrov, qui décida au risque de sa carrière, de ne pas enclencher la riposte, ce qui nous permet d'être ici pour en parler.

Nous habitions donc, non loin de Camden Town, et c’est là qu’Etienne, l’un des co-locataires de ce home sweet home, apporta un soir une cassette de Fisher Z. Red Skies over Paradise, dernier album du groupe original.

Autant dire une météorite, puisque c’est le troisième album du groupe. D’autres formations ou reformations émergeront ensuite, mais la fougue et l’énergie créatrice ne seront plus vraiment au rendez-vous.




Red Skies Over Paradise. Le ton est donné. Dans un style musical très particulier, qui prend racine quelque part entre Garage rock, Punk et Reggae, tout en intégrant la modernité d’une New Wave à venir.

L’album navigue entre satire sociale (You’ never find Brian here, Bathroom Scenario, Wristcutter Lullaby, Multinationals Bite, The Writer ) et un thème récurrent (5 titres sur les 13 de l’album), la guerre froide, la peur des autres, la menace de la troisième. La dramaturgie est bien entendu marquée par les mélodies, qui collent parfaitement au propos.

Ce jeudi, je ré-écoute donc, sans doute pas par hasard, cet album qui n’a pas pris une ride, musicalement parlant, et fait regretter que ce groupe n’ait pas persévéré. Fisher Z maintenait, en ce début des années 80, la flamme du "contest song", avec une énergie et un talent évident, loin de la légèreté des Smith par exemple, mais un succès bien moindre que les Jams par exemple...

Ce sont bien sûr Cruise Missiles, Red Skies Over Paradise qui résonnent âprement aujourd’hui. Batallions of Strangers aussi, qui montrait l’urgence de construire un modèle qui effacerai la peur de l’autre, du voisin, cette peur qui avait déchiré les peuples du vieux continent des décennies durant. L’Europe portait alors encore, y compris en Albion, l’espoir que les pères fondateurs avait essayé d’introduire, d’une possibilité de vivre ensemble au dessus des nations sans se foutre sur la gueule à coup de missiles intercontinentaux, et sans doute pour empêcher que certains aient envie de le faire..

Ce jeudi, Fisher Z fait résonner ce temps ou Berlin (cf ce titre) était une ile déchirée et coupée par un mur, et montre le chemin parcouru depuis, par une volonté populaire capable de démanteler les murs que les élites n’osent toucher. Un temps ou la volonté d’un destin commun était plus forte que la peur de l’autre, et ou l’espoir des peuples était plus fort que le conservatisme des dirigeants.

Brexit? Et si le signal du peuple britannique était de la même veine, en refusant de l’Europe que ce qu’elle est devenue, pour la faire renaître sur les fondement de nos vieux idéaux ?



samedi 11 juin 2016

The Box Tops, The Letter, 1967

The Box Top - The Letter - 1967

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Un garage rock rugueux et authentique.

 

Une autre raison de considérer 1967 comme « L’Année » !!

Un "groove" comme on dit maintenant, un son, une voix rauque qui semblent le résultat d'années d'errance et de galère à chanter le blues et à crier sa peine au fond de bars glauques de l'Amérique profonde, enfumés, gras et où on vient noyer sa lassitude et sa peine dans un bourbon de seconde zone.

Et tu regardes le clip, et tu restes interdit: En fait de vieux revenus de tout, tu découvres de très jeunes types, des gamins qui semblent avoir tout encore à découvrir.

Le choc ! Leçon intégrale de Soul en moins de 2 minutes, déclamée par le chanteur, du haut de ses 16 ans lorsqu'il crie son besoin d'un billet d'avion pour rejoindre sa belle. Alex Chilton,16 ans et le feeling d’un vieux bluesman.

De ce côté-là de l’atlantique, loin de Liverpool, du Crawdaddy et du Marquee, une vague moins légendaire, mais aussi volontaire, que le British Blues Boom tente de faire renaitre le Blues… Les Box Tops sont du voyage, de ce qu’on appelera la Blue eyed Soul.

Un peu comme pour mes chers Animals, hélàs avec un succès moins durable, ces Box Tops pratiquent un art qui vient des tripes et qui nous prend au même endroit.

Pas de sophistication, pas de fioriture, pas de faux semblant. C’est cash, ça vient des trippes et ça envoie sans réfléchir.

1 minute et 58 secondes, le temps qu’il faut pour tout dire, tout exprimer de la nécessité de retrouver l’autre à tout prix, par tout les moyens. Va pour l’ « éroplane ».

The Letter a été un hit énorme, et pourtant seul de ce groupe, véritable one hit wonder. On pense forcément à Louie Louie, Gloria, à ces titres phares qui ont marqué l’histoire du Rock d’un[ba1] e étincelle de génie, tellement intense que leurs créateurs et interprètes, comme si ils avaient tout donné, ne puissent ensuite livrer davantage.

C’est, en réalité, sans doute une des raisons qui font que ce titre, qui devrait respirer le bonheur du gars qui se paie l’avion pour rejoindre sa nana, parce que le train ne serait pas assez rapide, et que la solitude a assez duré, nous laisse pourtant « bluesy ».

Ou peut-être que ce son à la fois dur et brutal, cette rugosité « garage », auquel s’ajoute ce gout de « trop peu », qui fait qu’on s’attend à un couplet supplémentaire, alors que se termine le solo à l’orgue. Non, c’est fini. Deux couplets, un refrain, puis ensuite on reprend le couplet et le refrain.

Pourquoi en rajouter ?

The Letter figure, avec The House of the Rising Sun (the Animals), et les titers cités ci-dessus, au panthéon du Rock de Mon Histoire du Rock. Et je ne « sais » pas pourquoi.

Joe Cocker reprendra The Letter, mais cette fois, il ne fera pas mieux.







mercredi 18 mai 2016

Jumpin' Jack Flash The Rolling Stones 1968

Jumping Jack Flash.



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Titre mythique. 




Même les plus réticents à l'égard des Rolling Stones finissent après un ou deux Rhums arrangés par adouber ce titre et parfois même à le jouer….

Jumping Jack Flash est la violence à l'état pur, et c'est le credo du groupe en ces années 60. 

Ce n'est pas qu'une posture. 

Ils ont eu, chevillée au corps, l'envie de sortir du néant en jouant du blues, puis du rock'n roll.

Du blues, Brian Jones et Keith Richards en ont bouffé à outrance, avec pour seule école l'écoute et le "doublage", sur un pick up pourri, des standards de Muddy Waters, Bo Diddley, Chuck Berry… Des journées entières, pas grand-chose à bouffer, dans un appart glacial et peu amène, à détailler des riffs avec les doigts gelés, au 102 Edith Groove.

On peut, à souhait, moquer ce que sont devenu les Rolling Stones. Il faut leur reconnaître une teigneuse envie de faire revivre ce son, celui du blues, au début des années 60. 


Au point d'avoir d'abord du mal à composer, à faire autre chose que de reprendre les maîtres, ne livrant jusqu'à Aftermath, que quelques compositions sur chaque album, par modestie et par crainte de mal faire...

Jumping Jack Flash. 1968. 


Enfin, bon, là, ça y est. Les Rolling Stones sont un groupe reconnu. Qui écrit. Compose. 

Le vieil appart et les vaches maigres sont un vieux souvenir. Les Rolling Stones ont tenté pas mal de trucs, se sont laissés eux aussi entraîner vers le rock psychédélique… et Jumping Jack Flash marque la volonté de Richards et Jagger de revenir au son plus brut, au blues. L'influence de Brian Jones décroit.

Keith Richards prend l'ascendant sur Brian Jones. 


Jumping Jack Flash annonce le retour aux sources qui se confirmera sur l'album Begars Banquet, dans lequel Jones ne tient plus aucune partie de guitare. C'est bizarre, parce que Jones était le plus fervent tenant de la ligne "Blues", au début des Stones. C'est lui maintenant, qui s'en écarte..

Plus encore que Satisfaction (que les Stones n'aiment pas jouer en live), Jumping Jack Flash est THE titre des Stones qui se doit de figurer sur chaque set list depuis sa sortie.

Dans Life, Keith Richard (P 201) explique avec luxe détail la façon dont le morceau a été enregistré. Il décrit le riff comme étant "Satisfaction in reverse": le riff de Jumping Jack Flash est, plus ou moins, el riff de Satisfaction, joué "à l'envers….": Ecoutez…..

Il explique également comment le titre a été enregistré, et ça, c'est extraordinaire!!

En effet, l'enregistrement original ne fait intervenir que des guitares acoustiques!! C'est vraiment intéressant parce quand on écoute le morceau, on entend un son saturé de guitare. Je devrais écrire un son de guitare saturée. 

Précisément, de guitareS saturéeS, tant il semble qu'il y ait en fait plusieurs guitares. 

Tonton Keith nous révèle le "truc": en fait, il a enregistré sur son petit musicassette plusieurs (je ne me souviens pas que dans le bouquin il précise le nombre) pistes de guitare, qui ont été juxtaposées ensuite (overdub).

Rien ne laisse penser qu'il n'y a aucune électrique dans le coup. Le son est capté par un magnétocasette Philips (ça vient de sortir à l'époque), ce qui sature le son et donne un effet overdrive bien gras. Incroyable. On croit entendre une Telecaster branchée sur un bon vieux ampli Fender… Eh ben non.

Ainsi parle M Keith Richards, qui pour le coup nous présente une face "expérimentaliste" des Stones, un peu loin de l'image qu'on en a…. Et tend à montrer que sur la question "je teste des trucs bizarres", y a pas que chez les Beatles qu'on tentait des trucs.

Toujours dans Life, et toujours P 201, Keith Richards résume ainsi le riff principal de Jumping Jack Flash: " “Flash” is basically “Satisfaction” in reverse." Comme si tout était simple, naturel, évident.

Les Rolling Stones ont trouvé leur son, leurs marques. Ils osent maintenant composer et ont moins recours aux reprises, si présentes auparavant. Oublié le complexe vis-à-vis de leurs amis Beatles, oubliée pour un temps la tentation de racoler en suivant l'air du temps.

Le sursaut salutaire sera de relativement courte durée, jusqu'en 1971 et Exile on Main Street, avant que les Rolling Stones ne retombent dans une certaine facilité jusqu'à franchir les portes du disco…

On nous promet ces jours ci un retour au blues… wait and see…



dimanche 1 mai 2016

Histoire de Melody Nelson Serge Gainsbourg

Histoire de Melody Nelson

Serge Gainsbourg


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Premier concept album français, 

 

On cantonne trop Serge Gainsbourg - mais il y est pour quelque chose - aux frasques et débordements du personnage, Gainsbarre, qu'il avait fini par créer dans les années 80. 

Ceux qui ont lu Evgueny Sokolov savent à quel point l'homme était déchiré entre un ego surdimensionné et le sentiment d'être un raté, qui par manque de talent était passé à côté de la reconnaissance dans l'un des arts dits par lui majeurs, et en particulier la peinture.

J'avais lu ce bouquin dans les années 80 période Camden Town (dans quelque pub anglais du nord de Londres). Prêté par une copine (coucou Madame la Vigneronne), ce bouquin m'avait sidéré et marqué, il éclairait le parcours de l'homme à tête de choux.

Mon histoire du rock va donc tenter de remettre un peu d'ordre dans tout ça. 
J’ai déjà parlé de Gainsbourg, on n’a pas tant de personnages dans le rock français. 

Je vais insister ici sur l’abum-concept où Gainsbourg innove, par le format, le phrasé qu’il conservera ensuite, l’inspiration Jazz qu'il intègre à la forme pop rock (il a côtoyé Boris Vian avec qui il a compris que le format chanson pouvait véhiculer sa poésie. 

Non, Serge Gainsbourg n'est pas qu'un monstre de provocation ayant élevé l'auto-destruction médiatisée au rang de sacerdoce. Non, Serge Gainsbourg n'est pas un alcoolique mondain, petomane vulgaire. Enfin, pas seulement. 
Et probablement ces deux artefacts ont-ils été créés par Lucien Ginsburg, de son vrai nom, comme des personnages chargés de le représenter au monde, un peu comme le fera David Bowie… en plus trash.

Serge Gainsbourg n'est pas non plus le plagieur plus ou moins génial (suivant qui en parle), capable de malaxer quelques grandes œuvres classiques (Chopin, Dvorak entre autres) pour les besoins de son œuvre (BB Initials, Lemon incest ….). Du moins ne l'est-il pas par facilité mais par respect et en hommage à ceux auxquels il emprunte ces thèmes. A la manière des compositeurs classiques qui se faisaient un devoir, pour montrer à quel point ils vénéraient l'œuvre de leurs maitres, d'en inclure et adapter des phrases dans leur propre création.

Il y a malgré tout un peu de tout cela, commence à être enfin considéré à sa juste valeur, comme étant le premier, et sans doute le seul, album concept français de l'histoire de la musique populaire.

En dehors du "tube" Ballade de Melody Nelson",  le reste de l'album, inspiré par sa muse british Jane Bikin, est plutôt inconnu. Il s'écoute pourtant d'un trait, sans interruption entre les morceaux (concept album oblige!!). Le format "chansons" est bien présent: la durée des titres est raisonnable, les plus longs (l'intro et la clôture) dépassent raisonnablement les 7 minutes. On n'est pas dans les titres fleuves de la grande époque prog rock avec des titres de 25 minutes! Gainsbourg montre ici son talent rythmique, sa capacité à syncoper les textes en osmose avec le tempo. Il dévoile ses origines jazzy, son gout des percussions (qu’il a déjà montré en 1964, consacrant un Album éponyme au sujet).

Gainsbourg rôde le style parlé qui fera date, en calquant son phrasé sur la rythmique, syncopant d'une façon qui lui est propre les vers, de façon volontairement déséquilibrée: après le premier groupe de mots, ou avant le dernier. Il poussera plus loin encore l'exercice, permettant à la fois d'accentuer le propos, mais surtout ici d'accompagner la rythmique et de créer une attente chez l'auditeur. Nul doute que Gainsbourg puise ici sa maîtrise du rejet auprès des poètes qu'il vénère, au rang desquels Rimbaud, Baudelaire, Verlaine. Mais on s'écarte de Melody Nelson…

En musique comme en poésie, Gainsbourg aura fait sien le principe omniprésent chez les musiciens classiques, consistant à rendre hommage aux illustres anciens en "citant" leurs œuvres dans ses propres créations



dimanche 17 avril 2016

The Inmates

Mon Histoire du rock vous propose une fois encore un plongeon dans les années 80 mais cette fois, il s'agit de rock pur et dur, le rock brutal d'un groupe oublié,

THE INMATES.




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Ce groupe faisait partie de ceux qui promettaient une relève, comme The Jam, The Smith et quelques autres, sortis "indemnes" du Punk en conservant de celui-ci une nervosité bienvenue. Sur les traces des Rolling Stones, période pré Exile on Main Street, of course, et évidement des Kinks et des Animals.

On découvre Ce groupe si je me souviens bien,  dans l'émission Chorus d'Antoine de Caunes en 1979. Un rêve. On se croit rétro-propulsé en 1965, et ça nous change, ça nous ravit.

Le premier album est vraiment prometteur, avec une reprise de "The Walk" des Standels, véritablement explosive, étendard de ce rock british, et espoir d'un "British Invasion Revival"… qui fera hélàs "psshitt", car ces groupes n'auront malheureusement pas la longévité dans le succès qu'on aurait souhaité lorsqu'on les écoutait.

D'un autre côté, mes détracteurs, que je croise parfois au détours de commentaires sur d'autres blogs et webzines, souligneront ici encore les contradictions qui sont les miennes: Je regrette tout autant qu'un AC/DC ait perduré au-delà de Bon Scott, que les Rolling Stones se soient fourvoyés au-delà de 1971 dans les impasses du disco et de la facilité, tout autant donc, que d'autres groupes comme Inmates n'aient pas pu tenir davantage le devant de la scène.

Ecoutez dès maintenant The Walk, pour vous convaincre. Le groupe tourne toujours aujourd'hui, et, fait rare, avec le line up original. On ne peut que regretter que ce groupe ait été enfermé dans une toute petite boite avec une petite étiquette pub rock restrictive qui les à presque contraint à un quais anonymat.

Véritable groupe de scène, les Inmates savent reproduire sur leurs albums studio la spontanéité de leurs performances live. Ils continuent aujourd'hui à se produire, peut-être au détriment de la création de titres nouveaux. Au moins restent-ils fidèles à leur style de départ… Au point de sortir en 1987 un album de reprise des Beatles.


Pourtant là ou le groupe tourne il fait salle comble et le bonheur de son public. Mais reste ignoré des radios, médias…



samedi 2 avril 2016

1967. L'année du Summer of Love, l'année du Sergent Peper, l'année du pop Rock.

1967, et non 1966....


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On va donc explorer ensemble cette année 1967, puisque j'ai eu l'outrecuidance d'écrire dernièrement que 1966 n'était pas, n'en déplaise à certaines publications récentes, une année énorme pour le Rock. Mais qu'il fallait en revanche se pencher sur 1967.




Penchons nous. Vous êtes prêts?


  • Groupes qui se forment: 
    • Genesis 
    • The Stoges, Iggy Pop et les frères Asheton 
    • Smile 

  • Premiers albums 
    • The Doors, premier album des… Doors 
    • The piper at the gates of down, de Pink Floyd 
    • Are You Experienced de Jimi Hendrix, et Axis: Bold as love 
    • Velvet Underground And Nico (The Velvet Underground
    • The Grateful Dead (Grateful Dead
    • David Bowie 
    • Procol Harum 
    • The Letter, The Box Tops
    • Bee Gees (bien différent de ce que commettra le groupe dans les années 70/80) 
    • Ten Years After (Ten Years After) 

Chacun de ces albums est un marqueur de son temps, ouvre une voie et crée un précédent (l'art de dire trois fois la même chose..). 

On assiste à l'émergence de genres nouveaux, de sous-cultures Rock: 

Le Rock Psychédélique avec les Doors (ou le Blues Psychédélique??), le prog rock avec les Pink Floyd, le guitar Heros expérimental avec Hendrix, le pré-punk avec le Velvet.

Mais tout cela est souligné par les créations des groupes déjà établis, qui accompagnent ces nouveautés par une rupture (cassure?) dans leur style et leur carrière:

  • Albums marquants sortis en 1967 par les groupes "établis" 
  • Smiley Smile, The Beach Boys (avec Good Vibrations, prémices des futurs "rock symphonies") 
  • Sgt Peper Lonely Heart Club Band: ça marque une époque non? Les Beatles ne jouent plus en public, et se livrent à de folles expérimentations car ils sont libérés de cette contrainte. On reparlera ici forcément de cet album mythique. 
  • à  la fin de l'année les Beatles enfoncent le clou en sortant Magical Mystery Tour
  • Surrealistic Pillow, Jefferson airplane (Somebody to Love, White Rabbit) 
  • Happy Together (The Turtles
  • I Feel Like I'm Fixing to Die (Country Joe, qu'on verra à San Francisco et à Woodstock et qui tient bien la contestation anti guerre du Viet Nam) 
  • Absolutely Free, Frank Zappa 
  • Something else by The Kinks, qui s'y mettent eux aussi… (Waterloo Sunset, David Watts) 
  • Disraely Gear, Cream 
  • Their Satanic Majesties Request, The Rolling Stones, qui tentent de raccrocher la vague psychedelique… 
  • Sell Out, The Who, concept album si on veut, qui préfigure Tommy et Quadrophenia, et prépare le Rock Opera.. 

1967 a donc été une année particulièrement riche au plan du Rock, du moins pour ce qui concerne l'arrivée de nouveaux groupes et d'albums marquants. Mais c'est aussi l'année du Summer of Love, de la musique dans la rue et les parcs, à San Francisco et ailleurs; c'est l'année du premier grand festival Rock, à Monterey, bien avant, et bien plus riche en concerts événements, que Woodstock. C'est aussi, et cela marquera la carrière des Beatles, l'année de la mort de Brian Epstein, l'un des 3 "Cinquième Beatles" avec Pete Best et George Martin, en aout. Et d'Otis Redding, en décembre, juste avant la sortie de son titre historique "Dock of the Bay".


1967 est donc l'année ou le Rock'n Roll, après sa renaissance en 1962 de ce côté ci de l'atlantique, vit sa transformation et s'émancipe de ses racines 50's, devenant pop', c’est-à-dire s'ouvrant au-delà de son traditionnel auditoire adolescent. Le Rock devient une culture, un état d'esprit qui s'adresse aussi aux adultes, tout en se démarquant toujours du monde des "grands", quitte d'ailleurs à le détruire, en changeant la société: les textes s'ouvres sur le monde et ses problématiques, on quitte les nanas et les grosses voitures, on parle de la guerre, de l'avenir, de l'être humain.


Qui pourra encore dire ce n'est pas 1967 qui marque le tournant de la culture rock?