mercredi 18 mai 2016

Jumpin' Jack Flash The Rolling Stones 1968

Jumping Jack Flash.



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Titre mythique. 




Même les plus réticents à l'égard des Rolling Stones finissent après un ou deux Rhums arrangés par adouber ce titre et parfois même à le jouer….

Jumping Jack Flash est la violence à l'état pur, et c'est le credo du groupe en ces années 60. 

Ce n'est pas qu'une posture. 

Ils ont eu, chevillée au corps, l'envie de sortir du néant en jouant du blues, puis du rock'n roll.

Du blues, Brian Jones et Keith Richards en ont bouffé à outrance, avec pour seule école l'écoute et le "doublage", sur un pick up pourri, des standards de Muddy Waters, Bo Diddley, Chuck Berry… Des journées entières, pas grand-chose à bouffer, dans un appart glacial et peu amène, à détailler des riffs avec les doigts gelés, au 102 Edith Groove.

On peut, à souhait, moquer ce que sont devenu les Rolling Stones. Il faut leur reconnaître une teigneuse envie de faire revivre ce son, celui du blues, au début des années 60. 


Au point d'avoir d'abord du mal à composer, à faire autre chose que de reprendre les maîtres, ne livrant jusqu'à Aftermath, que quelques compositions sur chaque album, par modestie et par crainte de mal faire...

Jumping Jack Flash. 1968. 


Enfin, bon, là, ça y est. Les Rolling Stones sont un groupe reconnu. Qui écrit. Compose. 

Le vieil appart et les vaches maigres sont un vieux souvenir. Les Rolling Stones ont tenté pas mal de trucs, se sont laissés eux aussi entraîner vers le rock psychédélique… et Jumping Jack Flash marque la volonté de Richards et Jagger de revenir au son plus brut, au blues. L'influence de Brian Jones décroit.

Keith Richards prend l'ascendant sur Brian Jones. 


Jumping Jack Flash annonce le retour aux sources qui se confirmera sur l'album Begars Banquet, dans lequel Jones ne tient plus aucune partie de guitare. C'est bizarre, parce que Jones était le plus fervent tenant de la ligne "Blues", au début des Stones. C'est lui maintenant, qui s'en écarte..

Plus encore que Satisfaction (que les Stones n'aiment pas jouer en live), Jumping Jack Flash est THE titre des Stones qui se doit de figurer sur chaque set list depuis sa sortie.

Dans Life, Keith Richard (P 201) explique avec luxe détail la façon dont le morceau a été enregistré. Il décrit le riff comme étant "Satisfaction in reverse": le riff de Jumping Jack Flash est, plus ou moins, el riff de Satisfaction, joué "à l'envers….": Ecoutez…..

Il explique également comment le titre a été enregistré, et ça, c'est extraordinaire!!

En effet, l'enregistrement original ne fait intervenir que des guitares acoustiques!! C'est vraiment intéressant parce quand on écoute le morceau, on entend un son saturé de guitare. Je devrais écrire un son de guitare saturée. 

Précisément, de guitareS saturéeS, tant il semble qu'il y ait en fait plusieurs guitares. 

Tonton Keith nous révèle le "truc": en fait, il a enregistré sur son petit musicassette plusieurs (je ne me souviens pas que dans le bouquin il précise le nombre) pistes de guitare, qui ont été juxtaposées ensuite (overdub).

Rien ne laisse penser qu'il n'y a aucune électrique dans le coup. Le son est capté par un magnétocasette Philips (ça vient de sortir à l'époque), ce qui sature le son et donne un effet overdrive bien gras. Incroyable. On croit entendre une Telecaster branchée sur un bon vieux ampli Fender… Eh ben non.

Ainsi parle M Keith Richards, qui pour le coup nous présente une face "expérimentaliste" des Stones, un peu loin de l'image qu'on en a…. Et tend à montrer que sur la question "je teste des trucs bizarres", y a pas que chez les Beatles qu'on tentait des trucs.

Toujours dans Life, et toujours P 201, Keith Richards résume ainsi le riff principal de Jumping Jack Flash: " “Flash” is basically “Satisfaction” in reverse." Comme si tout était simple, naturel, évident.

Les Rolling Stones ont trouvé leur son, leurs marques. Ils osent maintenant composer et ont moins recours aux reprises, si présentes auparavant. Oublié le complexe vis-à-vis de leurs amis Beatles, oubliée pour un temps la tentation de racoler en suivant l'air du temps.

Le sursaut salutaire sera de relativement courte durée, jusqu'en 1971 et Exile on Main Street, avant que les Rolling Stones ne retombent dans une certaine facilité jusqu'à franchir les portes du disco…

On nous promet ces jours ci un retour au blues… wait and see…



dimanche 1 mai 2016

Histoire de Melody Nelson Serge Gainsbourg

Histoire de Melody Nelson

Serge Gainsbourg


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Premier concept album français, 

 

On cantonne trop Serge Gainsbourg - mais il y est pour quelque chose - aux frasques et débordements du personnage, Gainsbarre, qu'il avait fini par créer dans les années 80. 

Ceux qui ont lu Evgueny Sokolov savent à quel point l'homme était déchiré entre un ego surdimensionné et le sentiment d'être un raté, qui par manque de talent était passé à côté de la reconnaissance dans l'un des arts dits par lui majeurs, et en particulier la peinture.

J'avais lu ce bouquin dans les années 80 période Camden Town (dans quelque pub anglais du nord de Londres). Prêté par une copine (coucou Madame la Vigneronne), ce bouquin m'avait sidéré et marqué, il éclairait le parcours de l'homme à tête de choux.

Mon histoire du rock va donc tenter de remettre un peu d'ordre dans tout ça. 
J’ai déjà parlé de Gainsbourg, on n’a pas tant de personnages dans le rock français. 

Je vais insister ici sur l’abum-concept où Gainsbourg innove, par le format, le phrasé qu’il conservera ensuite, l’inspiration Jazz qu'il intègre à la forme pop rock (il a côtoyé Boris Vian avec qui il a compris que le format chanson pouvait véhiculer sa poésie. 

Non, Serge Gainsbourg n'est pas qu'un monstre de provocation ayant élevé l'auto-destruction médiatisée au rang de sacerdoce. Non, Serge Gainsbourg n'est pas un alcoolique mondain, petomane vulgaire. Enfin, pas seulement. 
Et probablement ces deux artefacts ont-ils été créés par Lucien Ginsburg, de son vrai nom, comme des personnages chargés de le représenter au monde, un peu comme le fera David Bowie… en plus trash.

Serge Gainsbourg n'est pas non plus le plagieur plus ou moins génial (suivant qui en parle), capable de malaxer quelques grandes œuvres classiques (Chopin, Dvorak entre autres) pour les besoins de son œuvre (BB Initials, Lemon incest ….). Du moins ne l'est-il pas par facilité mais par respect et en hommage à ceux auxquels il emprunte ces thèmes. A la manière des compositeurs classiques qui se faisaient un devoir, pour montrer à quel point ils vénéraient l'œuvre de leurs maitres, d'en inclure et adapter des phrases dans leur propre création.

Il y a malgré tout un peu de tout cela, commence à être enfin considéré à sa juste valeur, comme étant le premier, et sans doute le seul, album concept français de l'histoire de la musique populaire.

En dehors du "tube" Ballade de Melody Nelson",  le reste de l'album, inspiré par sa muse british Jane Bikin, est plutôt inconnu. Il s'écoute pourtant d'un trait, sans interruption entre les morceaux (concept album oblige!!). Le format "chansons" est bien présent: la durée des titres est raisonnable, les plus longs (l'intro et la clôture) dépassent raisonnablement les 7 minutes. On n'est pas dans les titres fleuves de la grande époque prog rock avec des titres de 25 minutes! Gainsbourg montre ici son talent rythmique, sa capacité à syncoper les textes en osmose avec le tempo. Il dévoile ses origines jazzy, son gout des percussions (qu’il a déjà montré en 1964, consacrant un Album éponyme au sujet).

Gainsbourg rôde le style parlé qui fera date, en calquant son phrasé sur la rythmique, syncopant d'une façon qui lui est propre les vers, de façon volontairement déséquilibrée: après le premier groupe de mots, ou avant le dernier. Il poussera plus loin encore l'exercice, permettant à la fois d'accentuer le propos, mais surtout ici d'accompagner la rythmique et de créer une attente chez l'auditeur. Nul doute que Gainsbourg puise ici sa maîtrise du rejet auprès des poètes qu'il vénère, au rang desquels Rimbaud, Baudelaire, Verlaine. Mais on s'écarte de Melody Nelson…

En musique comme en poésie, Gainsbourg aura fait sien le principe omniprésent chez les musiciens classiques, consistant à rendre hommage aux illustres anciens en "citant" leurs œuvres dans ses propres créations