dimanche 11 octobre 2015

Le meilleur Live de tous les temps? Jerry Lee Lewis au Star Club, 1964

Jerry Lee Lewis, Star Club, Hambourg,

1964.



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Le Rock'n Roll, celui des pionniers, mélange explosif de country, de Hillibilly, à dominance blanche et de Blues, à dominance noire, est moribond. La révolte adolescente qu'il a suscité s'essouffle dans le confort de la société de consommation. Le renouveau tarde à venir du côté du nouveau monde.

C'est en Grande Bretagne, devenue au début des années 60 "l'endroit où ça se passe" dès qu'on parle d'art, que ce soit musique, peinture, cinéma.

Sans doute dynamisée à la fois par le bonheur de se sentir sorti de la période de privation des années de guerre, et probablement aussi vitaminée par le boom économique issu du plan Marshal, qui inonde de dollars les pays qui en veulent bien, la Grande Bretagne va être le berceau du renouveau du Rock.

Cela étant dit, le Royaume de Sa Majesté n'est pas un modèle de laxisme et de souplesse d'esprit. A ce titre la "biographie" que livrera Pink Floyd dans The Wall est édifiante. C'est donc "overseas", principalement en Allemagne, que certains jeunes groupes britanniques feront leurs premières armes. Un peu plus tard, on y reviendra, les jeunes british s'extirperont de la censure bien pensante de la BBC en installant des émetteurs radio sur de vieux bateaux croisant en dehors des eaux territoriales (voir "Good Morning England").

Hambourg, port réputé (sans jeu de mot) pour sa faune et l'ambiance délétère qui y règne, accueillera donc un certain nombre de jeunes anglais, parmi lesquels les Beatles, bien sûr.

On s'extasie souvent sur la fulgurance du succès de ce groupe, son immense talent résumé en 200 titres publiés en moins de 10 ans. On en oublie souvent que ces quatre jeunes types ont eu un sacré entrainement, à Hambourg.

Mais c'est un peu une autre histoire. Il se fait donc que l'épicentre du rock'n roll s'est déplacé de Memphis à Londres, de Chicago à Hambourg, en ce début des années 60.

Les "vielles" star du Rock US (Chuck Berry à la quarantaine en 1964 et Jerry Lee la trentaine) profitent du regain d'intérêt qu'on porte ici, en Europe, à leur musique, celle qu'ils ont créée, et que les radios et le public tend à délaisser au profit des girls groups, de la surf music et autre Soul naissante.

Et puisque le public Européen en demande, on va leur en donner.

C'est donc l'histoire de la conquête de la vielle Europe par les vieux briscards du Rock! Elvis Presley, celui par qui tout à commencer, n'est plus de la partie, devenu une espèce de caricature guimauve et adipeuse pour mémé à Las Vegas. Veux (mais persistants) restes de ségrégationnisme écartent Chuck Berry, Little Richards de la ruée vers Londres.

Eddie Cochran, Gene Vincent et Jerry Lee Lewis seront, eux "du voyage".

Cette épopée sera plutôt tragique pour chacun d'eux: Eddie Cochran laissera la vie dans un accident de taxi à Chippenham, à l'Est du Royaume Uni. Gene Vincent, qui partageait le même taxi, en sortira terriblement diminué.

Quand à Jerry Lee Lewis, il saccagera en 1958 son entrée en scène dès sa descente d'avion, piteusement piégé par un journaliste qui lui demande l'age de Myra Gale Brown, la (très très)jeune femme qu'il vient juste d'épouser.

A cette époque là, il faut croire que le métier d'attaché de presse n'était pas aussi développé, et Jerry Lee, souvent décrit comme frondeur et un brin naif, ne se doutait pas qu'en Europe, le concept de mariage avec une cousine âgée de 15 ans pouvait choquer (puisque cela était tout à fait légal chez lui).

Chacun pourra penser ce qu'il veut de ce sujet, mais il parait cependant clair que la question du journaliste britannique était savamment préparée, et destinée à savonner la planche de ce yankee venu entrainer la jeunesse britannique sur la mauvaise pente, celle du Rock'n Roll. En effet, cette révélation explosive ruinera tout espoir de carrière européenne… et également américaine, pour lui qui rêvait de surpasser "le King" Elvis, qu'il considérait comme un minable. Il faudra plusieurs années à Jerry Lee pour remonter la pente.

Jerry Lee réagira, en 1964, comme il n'a jamais cessé de réagir: avec rage et energie. Il leur montrera, sur leur terrain , qui est le Killer. Sur leur terrain, c’est-à-dire à Hambourg.

Il nous reste aujourd'hui ce témoignage exceptionnel de l'incarnation du Rock'n Roll par Jerrry Lee Lewis: les concert au Star Club de Hambourg mettent tout le monde d'accord: Jerry Lee est l'énergie, la bestialité, la rage, le cri du rock'n roll.
Quelques mois plus tard, les Beatles déclarent qu'ils ne se produiront plus sur scène.



samedi 3 octobre 2015

Brian Jones, The Rolling Stones, également du Club des 27, 1942, 1969

Brian Jones



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Qui était véritablement Brian Jones? Comment est-il passé du statut de fondateur des Rolling Stones, grand amateur de Blues, initiateur de la vague blues revival (avec d'autres, hein, évidement), à celui de membre écarté des même Rolling Stones?



Était-il l'ange mythique souvent décrit, ou un personnage bien plus noir et complexe? Quels complexes le rendaient si noir?

Sa mort, comme pour beaucoup d'autres, est-elle due à l'excès de substances énervantes et prohibée, la fatigue d'un corps épuisé (on pense à Jim Morisson)? A-t-il été "poussé dans la piscine" dans son manoir (qui avait appartenu à Lewis Carrol), après avoir été poussé hors des Rolling Stones? On pense aussi à Syd Barrett, devenu, comme Brian Jones, le fantôme de lui même, s'excluant de ce fait du groupe qu'il avait fondé!
Il meurt donc à 27 ans, et sera (trop vite) rejoint dans ce foutu club des 27 par Jimi Hendrix et Janis Joplin, avant que Jim Morisson (qui disait: je serai le quatrième "J") n'y tombe à son tour, en 1971.

L'iconographie Rock'n Roll présente Brian Jones comme un gentil et doux rêveur, musicien terriblement talentueux, et fédérateur de ce groupe de type méchants, sales et désœuvrés que sont Bill Wyman, Charlie Watts, Ian Stewart, Mick Jagger et Keith Richards.

First of all, l'image de vilains garçon est très, très exagérée, et constitue plus un positionnement "marketing" du manager des Stones, Andrew Loog Oldham, qui cherche à créer une opposition avec les "gentils" Beatles. Cela étant, Jagger, Richards et Jones ont mené à leur débuts une existence crasseuse dans un quasi squat glacial, crevant la dalle et dormant peu, par terre, autour d'un electrophone et serrant leur guitare, dans le quartier de Chelsea, à Londres, pour ceux qui connaissent ou voudront visiter (102, Edith Grove).

Mais ces types sont issus de la Middle Class et sont loin du working class heroe que décriera plus tard Lennon (qui, lui, peut s'en revendiquer) (on le dit, ça, "peut s'en revendiquer? Non? Tant pis )

Revenons à Brian Jones. C'est bien lui est à l'origine du groupe, recrutant les autres membres par petite annonce. Le nom du groupe est aussi une de ses idées, en référence à un titre de Muddy Waters, qui est pour lui comme pour Jagger et Richards, "the reference". Ils feront un groupe de blues revival. C'est comme ça qu'ils voient les choses.

Brian et Keith (je me permets de vous appeler par vos petits noms, shouldn't I?) passent le plus clair de leur temps, ensemble et dans une grande complicité, à tenter de reproduire les riffs, grilles, solis qu'ils entendent sur leur electrophone (disques imports USA, Muddy Waters, écurie de Leonard Chess…). Là encore, l'image d'une rivalité entre les deux est pure invention (bon, ça se gâtera ensuite..).

Brian Jones, qui prétend à juste titre, l'honneur d'avoir été à l'initiative de la création du groupe (le genre "créateur du nom", etc), pousse un peu loin, au gout 'des autres', au point de demander en douce un cachet supérieur pour lui, et de préparer l'éviction de Ian Steward avec Andrew Loog Oldham (aucun des membres du groupe n'ayant fait preuve de beaucoup de "courage" sur ce coup là.

De quoi écorner l'image angélique de Brian Jones. Il se sait par ailleurs musicien talentueux, mais ce talent ne va pas de pair avec un excès de modestie, et il a furieusement tendance à minimiser le rôle et l'importance de ses compairs… que ça énerve un tantinet!

De là sans doute l'origine de l'animosité croissante au sein du groupe. Cette animosité est exacerbée par les mois de vache maigre, et tout autant par le soudain succès. Les Stones prennent la grosse tête, abusent de ces substances illicites qui donnent l'illusion de pouvoir tenir le coup (longues prestations, journées de répètes..). Dès les premiers concerts (Marquee Club, 1962), Jones doit être passablement "fatigué" pour que Richards lui "balance" 'tu dépasseras pas 30 ans, hein" (cité par François Bon in "Rolling Stones, une biographie", 2002).

Le répertoire reste très fidèle au blues (reprises de Willie Dixxon, Muddy Waters, et plus tard, découverte de l'accord ouvert auprès des grands Bluesmen). Lire à ce sujet les pages consacrés au sujet par Keith Richards dans Life: étonnant de modestie et de révérence envers les "anciens".

Contrairement aux Beatles qui semblent mener, à la ville, une vie paisible (ouais, faut voire..), les Stones attirent autour d'eux les foudres de la justice et des forces de police, qui ont décidé de se les payer, de préférence les mains dans la chnouf.

Richards et Jones sont particulièrement visés, mais Jones ajoute à cela un comportement particulièrement misogyne à l'égard de ses conquêtes: il aura 6 enfants, et peu de considération pour eux ni pour leur mère. Ses compagnes le décrivent volontiers comme aussi violent et instable en privé que discret en société.

Reste que Brian Jones était, je l'ai écrit plus haut, un musicien autodidacte hors pair, capable de maitriser sans pareille un instrument qu'il découvrait à peine. Richards, avare de compliment, dira de lui que s'il était incapable de composer un titre de bout en bout, il excellait en revanche dans l'art d'ajouter des arrangements somptueux, sur le premier instrument qu'il avait sous la main, et la liste est longue!